Florent Durel

Carnet

De fil en aiguille

Érigée en principe, l'égalité des chances laisse en réalité toutes ses chances à l'inégalité.

- Jetée en pâture au contemporain, avide de distinction propre et gavé de ce qu'il pense être son génie individuel, appliquée à sa vanité toute moderne de citoyen libre et émancipé, l'égalité des chances et la promotion individuelle qu'elle promet ont surtout l'avantage, tout rhétorique celui-ci, d'éviter toute réflexion sociale et morale sur l'origine de la réussite et de l'accomplissement personnel en fonction d'aptitudes naturelles ou acquises. Sur la ligne de départ, il y avait un lièvre et une tortue. On nous dit que c'est la tortue qui arriva la première. Certes, mais c'était une fable...

Drapé de cette idée faussement humaniste, fasciste en réalité, selon laquelle il faudrait avoir les mêmes "chances" que son congénaire pour voir ses droits respectés est à peu près aussi vain que de penser que deux enfants qui font le même calcul élémentaire et trouvent le même résultat sont nécessairement jumeaux. Ce qui arrive en réalité, c'est qu'un homme, dont le seul horizon est d'être en tout point semblable à son voisin et de commettre pourquoi pas les mêmes sottises aura toutes les chances de rencontrer plus injuste, moins scrupuleux, infiniment plus opportuniste que lui au jeu de l'égalité des chances. A quoi bon distribuer des cartes au plus grand nombre, quand certains attendent des pions ou des osselets pour exercer leurs talents? Autrement dit, la table à jouer est certes la même pour tous, mais cela ne signifie pas que nous pouvions et encore moins devions tous y jouer au même jeu.

Décembre 2010